Publié le 19/05/2026
3 260 personnes ont perdu la vie sur les routes françaises en 2025, soit 67 de plus qu'en 2024. Derrière ce chiffre, des familles brisées, des deuils impossibles à traverser. C'est dans ce contexte que le Conseil national de la Sécurité routière travaille aujourd'hui sur un dossier aussi sensible que structurant : la vérification périodique de l'aptitude à conduire pour l'ensemble des titulaires d'un permis.
Le mercredi 13 mai 2026, Yves Goasdoué, président du Conseil national de la Sécurité routière (CNSR), a réuni ses équipes pour avancer sur ce dossier en présence d'Estelle Balit, déléguée interministérielle. L'objectif : formuler des recommandations concrètes au Gouvernement dès septembre prochain.
La question n'est plus de savoir si une telle mesure verra le jour, mais comment elle sera mise en œuvre. Une directive européenne impose désormais à chaque État membre de vérifier l'aptitude à la conduite de ses citoyens au moins tous les 15 ans. La France doit transposer cette obligation dans son droit national. Autrement dit, le mythe du permis à vie appartient définitivement au passé — même s'il n'a, à proprement parler, jamais existé sous cette forme.
Yves Goasdoué l'assume volontiers : il abordait ce sujet avec ses propres certitudes avant de prendre la présidence du CNSR. La réalité du terrain, elle, est plus nuancée. Les statistiques 2025 dressent un tableau préoccupant :
| Indicateur | 2025 | Évolution vs 2024 |
|---|---|---|
| Décès en métropole | 3 260 | + 2,1 % |
| Blessés estimés | 244 000 | + 3,4 % |
| Blessés graves estimés | 16 600 | + 4 % |
| Décès sans compter-mer | 253 | + 6 % |
Source : Observatoire interministériel de la sécurité routière, données BAAC.
Face à ces chiffres, le statu quo n'est pas une option. Mais le président du CNSR, ancien maire de Flers et ancien président de Flers Agglo, le dit clairement : les solutions ne sont pas simples à mettre en place.
Deux scénarios se dessinent pour répondre à l'obligation européenne. Premier scénario : une visite médicale obligatoire périodique, sur le modèle de nombreux pays voisins. Second scénario — un questionnaire d'autoévaluation rempli par le conducteur lui-même.
Le premier mérite qu'on s'y attarde avec lucidité. La quasi-totalité des pays européens, à l'exception notable de l'Allemagne, ont déjà instauré des examens médicaux réguliers pour les conducteurs. Résultat ? Ces dispositifs n'ont pas eu d'influence significative sur les statistiques d'accidentologie. C'est Goasdoué lui-même qui le souligne, sans détour. Ce constat ne rend pas la mesure inutile, mais il oblige à penser différemment l'approche.
L'autoévaluation, de son côté, soulève autant de questions qu'elle en résout. Quelles questions poser ? Comment les formuler dans un langage compréhensible par toutes et tous, sans jargon médical ? Et surtout : peut-on raisonnablement tabler sur l'honnêteté des réponses quand un permis de conduire est en jeu, notamment dans des territoires ruraux où la voiture représente le seul lien avec les services essentiels ?
La question du médecin traitant se pose aussi. Doit-il avoir accès au questionnaire rempli par son patient ? Quel seuil — quel score, quelle pathologie déclarée — doit déclencher une convocation devant un médecin expert agréé ? Car c'est bien ce dernier qui détiendra in fine le pouvoir de se prononcer sur l'aptitude à conduire. Et le nombre de ces experts risque rapidement de s'avérer insuffisant face à la demande potentielle.
Yves Goasdoué connaît bien les territoires ruraux comme la Normandie et ses environs. Il sait ce que représente le permis de conduire pour un habitant de Flers ou d'une commune périphérique : un accès à l'emploi, aux soins, à la vie sociale. Restreindre ou supprimer ce droit, même partiellement, peut conduire à une désocialisation réelle, particulièrement pour les personnes âgées.
Des aménagements intermédiaires sont envisageables, parmi lesquels :
Ces pistes permettraient de maintenir une autonomie partielle tout en réduisant l'exposition aux risques. Mais leur mise en œuvre administrative reste complexe à calibrer.
La vraie difficulté, celle que Goasdoué pointe avec clarté, est d'ordre pédagogique. Comment faire accepter ce contrôle périodique non comme une punition ou une contrainte bureaucratique supplémentaire, mais comme une garantie pour les autres conducteurs, pour les piétons, et finalement pour le conducteur lui-même et ses proches ? Ce changement de perspective est au cœur du défi de communication qui attend les pouvoirs publics.
Les membres du CNSR disposeront des prochains mois pour produire un avis structuré et des pistes de travail concrètes. Derrière chaque statistique se cachent des vies réelles : des familles endeuillées, des jeunes adultes portant des séquelles à vie, des proches qui n'ont jamais repris le cours normal de leur quotidien. Ne pas agir au prétexte que les solutions sont complexes serait, selon Goasdoué, se contenter de résultats que rien ne justifie d'accepter. La complexité d'un sujet n'a jamais été une raison valable de l'esquiver.
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