Publié le 10/07/2026
En 2025, 3 515 personnes ont perdu la vie sur les routes françaises, et les stupéfiants figurent parmi les causes identifiées dans 11 % de ces accidents mortels. Ce chiffre, cité par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez devant l'Assemblée nationale, a servi de socle à la défense d'un amendement controversé, adopté jeudi dans le cadre du projet de loi Ripost sur la sécurité du quotidien.
Le dispositif voté à l'Assemblée nationale ouvre une nouvelle possibilité aux préfets : suspendre le permis de conduire d'une personne en cas d'usage réitéré de stupéfiants, et ce même si aucune infraction routière n'a été commise. Concrètement, il suffit qu'une consommation répétée soit constatée, indépendamment du comportement au volant, pour déclencher cette mesure.
La suspension peut être prononcée à titre provisoire, dans l'attente d'une décision judiciaire, et sa durée maximale est fixée à six mois. L'objectif affiché par Laurent Nuñez est d'agir vite, avant qu'un drame ne survienne, en empêchant un conducteur potentiellement dangereux de prendre le volant à court terme.
Voici les principales caractéristiques de cette mesure :
Pour le ministre, cette approche préventive répond à une logique élémentaire : protéger les usagers de la route avant que le risque ne se matérialise. Mieux vaut agir tôt, argue-t-il, plutôt que d'attendre un accident pour sanctionner.
L'adoption de cet amendement n'a pas fait l'unanimité. Loin de là. Les critiques les plus vives sont venues de la gauche, mais le débat a aussi traversé les rangs de la majorité, révélant des fractures profondes sur la philosophie même de la mesure.
Roger Vicot (PS) a résumé l'objection principale en une formule nette : «On est dans la sanction de quelque chose qui n'a pas encore été commis.» L'écologiste Pouria Amirshahi a abondé dans ce sens, dénonçant une punition pour une faute potentielle et non avérée. Elsa Faucillon (PCF) a, elle, posé une question qui illustre bien le problème de cohérence : faudrait-il retirer son permis à quelqu'un surpris deux fois en état d'ivresse sur la voie publique, sans avoir conduit ? Le parallèle avec l'alcool déstabilise la logique du texte.
Du côté de La France Insoumise, Ugo Bernalicis a jugé la mesure à la fois inconstitutionnelle et contre-productive, estimant qu'elle ne ferait qu'augmenter le nombre de conducteurs sans permis plutôt que de réduire les risques réels.
| Député / groupe | Position | Argument principal |
|---|---|---|
| Roger Vicot (PS) | Contre | Sanction d'un acte non commis |
| Pouria Amirshahi (Écologistes) | Contre | Punition pour une faute potentielle |
| Ugo Bernalicis (LFI) | Contre | Inconstitutionnalité, conduite sans permis accrue |
| Guillaume Kasbarian (Renaissance) | Dubitatif | 5 millions de consommateurs de cannabis en France |
| Mickaël Taverne (RN) | Pour | Nécessité de durcir le texte initial |
Guillaume Kasbarian, figure du groupe Renaissance, s'est dit ouvertement dubitatif, soulignant qu'on retire ainsi le permis à quelqu'un qui n'était pas en train de conduire, dans un pays où cinq millions de personnes consomment du cannabis. Seul Mickaël Taverne (RN) a poussé dans le sens d'un durcissement encore plus marqué du projet de loi.
L'amendement sur les stupéfiants n'est pas la seule mesure à retenir de cette session législative. L'Assemblée nationale a aussi voté l'un des articles centraux du projet de loi Ripost, ciblant directement les rodéos motorisés urbains, phénomène qui empoisonne de variés quartiers depuis plusieurs années.
Ce volet introduit notamment l'amende forfaitaire délictuelle pour sanctionner le délit de rodéo motorisé, avec un montant fixé à 800 euros. Cette procédure, plus rapide que le passage en tribunal, vise à décourager les récidivistes en rendant la sanction quasi immédiate et certaine.
Mais le texte va plus loin. Il prévoit aussi une interdiction administrative de conduire tout véhicule terrestre motorisé, y compris ceux qui ne nécessitent pas de permis de conduire, comme les scooters électriques ou les quads légers. Cette extension est importante : elle ferme une échappatoire classique, souvent utilisée par des individus dont le permis a déjà été retiré et qui continuaient à circuler sur des engins non soumis au permis.
Ces deux dispositifs réunis traduisent une même volonté : frapper plus tôt et plus large dans la chaîne de risque, avant que l'accident ou l'infraction grave ne survienne. La question qui demeure ouverte est celle du contrôle effectif de ces suspensions administratives sur le terrain. Une interdiction prononcée par un préfet ne vaut que si elle est connue des forces de l'ordre et vérifiable lors d'un contrôle routier, ce qui suppose des outils informatiques partagés et actualisés en temps réel. C'est précisément ce type de coordination opérationnelle qui déterminera si la mesure restera un signal politique ou deviendra un levier concret de sécurité routière.
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